Le témoignage de prématurité de Julie.(18)

Pour le témoignage de prématurité aujourd’hui, Julie nous raconte l’histoire de son moineau, qu’elle a tant attendu, et qui finalement, même s’il a mis longtemps à faire son nid, est arrivé plus vite que prévu… Encore et toujours beaucoup d’émotions à la lecture de ce récit…

témoignage de prématurité

Mon moineau…

Cet enfant, je l’ai, nous l’avons longtemps désiré… Il a fallu donner un coup de pouce à la nature… Lorsqu’il a enfin fait sa place, dès les premières semaines de cette grossesse, j’ai commencé à avoir peur, une angoisse sourde mais qui me suivait partout… la trouille de le perdre, comme un sombre présage.

La première échographie m’a rassurée, il était là, il allait bien.

Il grandissait en moi, l’angoisse a régressé et j’ai recommencé à respirer un peu… Une grossesse finalement sans maux particuliers, quelques problèmes de dos mais j’adorais être enceinte, mon ventre commençait à pointer et je me sentais aux anges… La deuxième échographie est arrivée, nous avions hâte de revoir notre bébé… Et là, un petit pépin.

Une histoire d’artères utérines qui battent trop fort…

Une histoire d’hypertension. Il faut surveiller et re-contrôler dans quatre semaines… On gère l’attente, j’ai quelques contractions mais c’est normal dans le sixième mois m’a-t-on dit, c’est l’entrainement du corps… Finalement, je trouve que mon ventre à moi, il s’entraine beaucoup. Le rendez-vous de contrôle est prévu dans quelques jours, ça peut surement attendre jusque-là… D’ailleurs, nous y voilà déjà ! Allongée auprès de l’échographiste, j’observe avidement mon bébé sur l’écran, il va bien, les flux utérins vont mieux… Je lui fais part de mes nombreuses contractions et de mon inquiétude vis-à-vis de leur efficacité sur mon col de l’utérus… C’est à son froncement de sourcil, à son silence concentré que j’ai compris, avant même qu’elle ne le dise, qu’on avait un gros pépin cette fois çi…

Le col est ouvert et la poche des eaux s’est immiscée dans l’ouverture…

« Ne bougez pas, ne vous levez pas» me dit-elle, le SAMU va arriver… Et oui, j’ai eu la mauvaise idée de choisir une clinique de niveau II et à mon tout petit terme de 26+4 SA, il me faut un établissement de niveau III. J’y suis donc conduite, on me donne une chambre et on m’informe qu’elle sera la mienne tant que je n’aurais pas mon bébé dans les bras. Je ne rentrerais pas à la maison tant qu’il ne sera pas là, je suis en MAP sévère avec interdiction formelle de poser ne serait-ce qu’un orteil au sol…

Comme souvent quand je recueille un témoignage de prématurité, la phrase qui revient :  Il faut tenir, chaque jour qui passe est un jour de plus pour mon bébé.

Entre piqures de corticoïdes et monitoring quotidien, les heures, les jours passent, la situation se stabilise. Sept jours ont passé, on envisage même un lever. Magnifique !

Mais finalement, avant même d’avoir posé un pied au sol, les contractions sont de retour, espacées d’abord, puis régulières, puis douloureuses…

On re-tente les traitements, les cachets, les perfusions, sans succès ! Le travail a commencé, notre bébé est en route… Il arrive vite, l’anesthésiste n’aura même pas le temps de venir soulager ma douleur. Avec le recul, j’en suis presque heureuse, elle aura donné de la substance, de la réalité à ces instants hors du temps où mon esprit s’est enfui loin de cette douleur, de cette terreur de mettre au monde un enfant qui ne vivrait peut-être pas. Je l’ai fait naitre de toutes mes forces, en une seule poussée, les yeux fermés par trop de peur.

C’est son cri qui m’a ouvert les yeux, il pleure, il vit !

C’est un garçon. On me demande son prénom, il s’appelle Pierre. J’ouvre enfin les yeux, pour le voir partir dans les bras de la pédiatre. Je suis calme, je ne pleure pas, ni de joie, ni de peine. On revient me donner des nouvelles de mon fils, il pèse 993g, il est intubé mais il vit. Il part immédiatement en réanimation néonatale. L’aube se lève sur un matin de mai 2009. On me conduit vers mon fils.

C’est encore de la peur que j’ai ressenti lors de notre première rencontre, j’avais peur de son aspect.

A quoi allait ressembler ce minuscule bébé. Allais-je le reconnaitre comme mien ?

Oui, c’était bien le mien, ce petit être rougi, si fort et si fragile au milieu de toutes ces tubulures qui assuraient à ma place le rôle où j’avais échoué. J’ai posé mon front contre la paroi de la couveuse et j’ai pleuré.

témoignage de prématurité

Les heures, les jours ont passé, amenant leur lot de difficultés, de frayeurs, de progrès. Son parcours n’a été ni plus simple ni plus compliqué que celui de ses voisins de couveuse. Il a appris à respirer, à manger, à se réchauffer, et par un chaud après-midi d’aout, nous sommes rentrés à la maison. Notre vie a trois commençait et j’ai essayé de ne pas avoir peur. J’y parviens parfois, de plus en plus souvent, au fils de ses progrès, des grandes étapes passées… J’ai de moins en moins peur pour lui et je suis de plus en plus fière de lui.

C’est aujourd’hui, un beau petit garçon de trois ans, avare ni de bêtises ni de bisous.

Bien sûr, il ne parle peut-être pas aussi bien que les autres.

Mais il comprend tout, court, saute et me rend dingue. Dans un mois, il entre à l’école. C’est sûr, je vais avoir peur… mais je ne lui dirais pas, je serais comme les autres mamans, émue, et lui, il sera un enfant comme les autres.

témoignage de prématurité

 

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6 Commentaires

  • Rach'l Lh 3 septembre 2012 à 10 h 07 min

    Juste quelques mots ……il est MAGNIFIQUE !!!! Rassurez vous toutes les mamans ont peur pour leur enfants quelques soient leurs ages ca ne s’arrete jamais. C’est ca aussi devenir une Maman 😉

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  • mimite 3 septembre 2012 à 12 h 04 min

    Ahlala ma Julaye… Tu me fais pleurer,toi aussi!
    Toujours aussi bizarre et émouvant de lire ses copines-brochettes…
    Toi aussi tu es une warrior… Surtout en ce moment 😛

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  • Graziéla 3 septembre 2012 à 13 h 02 min

    Encore 1 fois je pleure en lisant ces mots aussi poignants!! Nos meilleurs amis resteront nos héros avec Pierre!! Ils ont menés un dur combat et l ont gagné a 3!! Nous sommes fiers d etre leurs amis! Nous aussi avons été heureux a l annonce de la grossesse tant désirée!! Puis avons eu très peur quand petit Pierre est venu trop tot!! Et enfin soulagé et heureux quand il est enfin rentré dans sa maison! Aujourd hui c est un solide et magnifique ti bonhomme qui demain va rentrer a l école!!! On vous aime très fort!!!!

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  • Maman louzoù 3 septembre 2012 à 14 h 10 min

    Que d’émotions encore. Merci pour ce témoignage.
    Il est très beau Pierre !!!

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    • Julaye 3 septembre 2012 à 17 h 22 min

      T’es rien qu’une femelle!!!^^

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  • Madame Moustick 3 septembre 2012 à 21 h 00 min

    Merci de ce témoignage très fort !

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