Le témoignage de prématurité de Marine (15)

Le témoignage de Marine rappelle toute la difficulté d’accoucher trop tôt. De cette culpabilité de n’avoir su ou pu retenir son enfant en soi…de la douleur physique et morale des premières semaines, quand aucun pronostic ne peut être donné véritablement, officiellement. Ce témoignage, qui me donne la chair de poule, et l’envie de crier à Marine qu’elle peut être fière d’elle et de son ptit lutin, est magnifique, car il donne une image de ces semaines d’hospitalisation…discrète et forte en même temps… Merci Marine.

Notre fils Noah était prévu pour le 19 décembre 2010 mais il est né trop tôt le 10 octobre, soit avec 10 semaines d’avance. Son père pense donc qu’il sera un futur Zidane. Aujourd’hui on peut plaisanter à ce sujet mais il n’y a pas si longtemps, c’était trop délicat pour l’aborder avec un peu d’humour. Une maman d’enfant préma peut faire preuve d’une grande susceptibilité, ce qui était mon cas.

L’histoire de mon fils commence donc quand il est arrivé dans mon ventre en mars 2010, je passe sur l’immense joie que nous avons ressentie.

Tout s’est plutôt bien déroulé, pas de nausées, j’étais en forme.

Puis, en août, à la visite du 5ème mois, mon gynéco m’informe que le col s’est modifié pour n’être plus que mi-long. Moi, je m’inquiète mais pas tant que ça, je ne peux pas croire que ça ait une si grande importance.

Je suis donc au repos chez moi avec Spasfon et Loxen, grève de ménage et télévision en abondance.

Tout bascule le 14 septembre lorsque le gynéco fait une échographie du col, celui-ci n’en a eu que faire du repos et s’est ouvert à 2 doigts. Je vais donc en urgence au CHU, qui est heureusement à côté de chez moi. Là, la sage-femme est en panique, l’équipe est persuadée que je vais accoucher dans la journée, je ne suis même pas à 6 mois de grossesse ! Au bout d’un moment, je dis stop aux touchers pour vérifier l’état du col, je suis sûre que ça ne fait que motiver les contractions à être encore plus fortes pour faire sortir mon bébé ! Un nouveau traitement pour stopper l’accouchement m’est donné car le premier ne marchait pas, et merci le Tractocyl, ça fonctionne ! Une gynéco vient me faire une écho pour estimer le poids de bébé, et nous demande si on connaît le sexe. Nous qui ne voulions pas savoir, on répond oui, on voulait retenir une bonne nouvelle de ce jour maudit. Verdict : un petit gars !

Je suis montée aux grossesses pathologiques car tout s’est calmé. Les jours se suivent et se ressemblent, j’essaie de tenir pour mon fils mais c’est dur. Couchée toute la journée, nourriture dont je me passerai bien, tous mes besoins sont faits dans une bassine,… Je me rends compte que je suis vraiment diminuée et ma dignité en prend un sacré coup. Mais je tiens presque 4 semaines comme ça.

Jusqu’au fameux 10 octobre où je perds les eaux par vague de 5 mètres et direct les contractions très douloureuses commencent. Je n’ai même pas le temps de paniquer car l’accouchement est lancé. Mon homme arrive au moment où on me descend pour accueillir bébé correctement. Je hurle mais pas de peur, de douleur, ça fait rire tout le monde mais je suis persuadée que bébé va sortir par le mauvais trou tellement j’ai mal à cet endroit-là ! D’ailleurs, je demande à la sage-femme si ça existe les anus artificiels ! Comme quoi, on devient bête quand on accouche. La naissance de notre fils se déroule bien, même si je reçois la péridurale un peu tard. Désormais, j’appelle mon accouchement notre parenthèse enchantée car pendant cette soirée, j’ai oublié qu’il arrivait trop tôt.

Noah naît à 23h et il pleure…ce qu’on ne pensait pas, donc je l’ai quelques secondes sur moi, juste le temps de pleurer et de lui dire comme je le trouve beau. Puis, l’équipe de réa pédiatrique le prend en charge.

Noah ne peut respirer seul, il est intubé. Il pèse tout de même 2,160 kg mon lutin, quelque part je suis assez fière. 7 semaines difficiles commencent, notamment parce qu’au début l’équipe soignante ne parle qu’heure par heure alors que nous tout ce qu’on veut savoir c’est s’il survivra… Cette attente est douloureuse moralement et physiquement.

Finalement, il est extubé au bout d’une semaine et il mettra encore 5 semaines à se sevrer d’oxygène, ce qu’il lui vaut d’être déclaré dysplasique broncho-pulmonaire. Je passe sur son hospitalisation qui est encore difficile à évoquer car comme pour tous, elle a été faite de hauts et bas, les 7 semaines les plus longues de notre vie. J’avais l’impression d’escalader une montagne et que parfois quelque chose nous tirait vers le bas.

C’est ce qu’on appelle « 3 pas en avant, 2 pas en arrière ».

Puis, un jour on nous annonce la sortie et on commence une véritable vie à trois le 27 novembre. On prend la vie comme elle vient sans toujours penser à ce qui est arrivé, même si la douleur et surtout la culpabilité sont là et ont du mal à me laisser tranquille. Au bout d’un moment, c’est plus facile à gérer et je suis tellement fière de mon fils qui grandit très bien, quelques soucis respiratoires mais rien d’insurmontables.

D’ailleurs, il n’y a pas longtemps, je me suis retournée et cette montagne qui me paraissait infranchissable, on l’a passée, et haut la main. Oui, aujourd’hui je peux dire que mon fils a gravi l’Everest.

 

Merci à tous pour vos commentaires encourageants et émus, chaque semaine… Et comme tous les lundis, je vous remets le ptit lien vers ma page de collecte! http://marchedesbebes2013.alvarum.net/cynthiadufour

5 Commentaires

  • morgane 13 août 2012 à 10 h 32 min

    bravo pour ce beau commentaire
    ici histoire presque identique ma fille devait naitre le 20 décembre et est arrivé le 19 novembre un petit mois d’avance mais ce bébé reste un bébé venu trop tot avec ses couches préma et ses piju naissance bien trop grand
    un bébé que même a 8 mois on veut protéger et qui est un peu pot de colle mais que c’est bon un bébé pot de colle qui voit que sa maman (et un peu son papa lol) sur terre.
    bravo à ton petit et à vous
    morgane

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  • Maman louzoù 13 août 2012 à 14 h 53 min

    Oh dans cette douleur tu as réussit à me faire éclater de rire avec ton histoire de « mauvais trou » et « anus artificiel » ^^
    Ta dernière photo est magnifique, Noah est un très beau bambin

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  • Maman Jenni 13 août 2012 à 23 h 29 min

    Que c’est beau d’être maman…et que tu peux être fière de ton bout de chou!!!

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  • Vanessa 14 août 2012 à 23 h 20 min

    J’ai adoré lire ton témoignage Marine et redécouvrir l’histoire de Noah, même si j’y ai laissé quelques larmes…. Un petit garçon bien courageux, normal pour un natif du 10 octobre 😉 Gros bisous

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  • Marine 31 août 2012 à 20 h 33 min

    Merci pour ces commentaires, je trouve également que mon lutin est plutôt pas mal!

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