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Le témoignage de prématurité de Sigrid.

Cette semaine, le blog accueille Sigrid, maman d’Anouk, qui m’a signalé au passage partager son expérience comme une thérapie, à l’approche des un an de sa fille, (qui ont eu lieu le 22 août!)…Un premier épisode …car Sigrid a beaucoup à raconter!

 

Nous sommes le 22 août 2011. J’avais passé le WE avec ma maman et ma sœur qui étaient venues d’Antibes pour me voir. Loïc, lui, était à un anniversaire vers Orléans ce WE là et était rentré assez tard le dimanche soir. Le lundi matin nous étions très excités à l’idée d’avoir la dernière écho, j’étais à 32SA+4. En partant nous nous disions que c’était la dernière fois que nous la verrions en écho, que la fois prochaine elle serait dans nos bras. On ne croyait pas si bien dire… J’espérais qu’on ait de beaux clichés car ma maman et ma sœur étaient encore à la maison, leur avion décollant vers 17h.

L’échographe commence, et me pose sa première question concernant mon activité: est-ce que je travaille encore? (elle sait que je suis dentiste et que j’avais beaucoup de route). Non je suis arrêtée depuis début juillet, à 5 mois et demi de grossesse. Elle me demande si j’ai eu des contractions: Ma réponse est que oui, d’ailleurs j’en ai eu toutes les 6 minutes cette nuit, mais ça s’est calmé au bout de deux heures. Je me demande si ça se voit mais ne dit rien… Je commence à m’inquiéter.

Elle commence par vérifier les parois du cœur, tout va bien. Les cœurs d’artichaut que nous sommes sont très émus de cette dernière écho et de voir son petit cœur en activité. Je suis rassurée. Puis elle cherche des choses mais ne trouve pas. Me demande si j’ai perdu du liquide. Oui j’ai eu deux fois des pertes liquides mais j’ai fait le test dont nous avait parlé la SF  et c’était bien sec.

Elle reste calme donc je ne m’inquiète pas trop. Mais les minutes passent, elle ne voit pas la circulation entre mon placenta et moi ni la circulation du cordon. Elle me dit qu’elle va prendre les mesures d’Anouk et qu’elle recherchera après. Je me souviens comme si c’était hier de son « elle est petite ». On lui répond qu’on sait, qu’elle nous a déjà prédit un petit gabarit car en-dessous des courbes. « Non, elle est très petite, trop, elle a cassé sa courbe ».

Je comprends ce qu’elle me dit et j’ai peur, mais j’essaye de rester calme pour qu’elle puisse continuer correctement son écho. Elle ne dit rien, elle cherche beaucoup de choses mais n’en trouve pas beaucoup. J’essaye de ne pas pleurer. Elle termine, on s’installe à son bureau, et me parle avec franchise, sans être non plus trop alarmiste: Mme D., vous avez très peu de liquide amniotique, et votre fille a un retard de croissance important (à postériori, en regardant les photos de l’écho j’ai vu qu’elle était sous le 3ème percentile pour quasi toutes les mesures, et que ses mesures correspondaient à un bébé de 28 voire 29 SA… RCIU sévère).

Il va falloir aller à la maternité. Innocemment je demande quand, dans la journée? Oh oui, dans l’heure, je les appelle. Mais elle tente de me rassurer, j’ai le temps de passer chez moi faire ma valise et prendre une douche. Ma valise?? Une douche?? Elle les appelle puis nous demande de lui donner des nouvelles. On part. Je suis effondrée. Dans la voiture j’appelle ma mère, lui dit de commencer à faire ma valise pour la maternité, lui énumère ce dont j’ai besoin et essaye de la rassurer. C’est la panique à la maison quand on arrive! Ma mère me fait un gros câlin et je file à la douche pendant qu’elle et mon chéri finissent ma valise en y mettant 2 énormes bouquins, parce qu’on sait qu’ils vont me garder. Ma sœur s’occupe de la partie trousse de toilette. Un bisou et on file mon chéri et moi direction les urgences de la mater, on nous attend. L’étudiante sage femme récupère le compte rendu d’écho et m’installe le monitoring puis va montrer mon dossier à la SF de garde. Au bout de 20 minutes elle revient et reste avec moi pour discuter et m’expliquer un peu ce qu’implique un RCIU. Elle n’a le temps de rien du tout, on perd le signal du cœur d’Anouk. La SF se dit qu’elle a bougé, elle cherche mais pas de signal. J’entends courir dans les couloirs, je me dis qu’il doit y avoir une urgence. Bon visiblement, l’urgence, c’est moi, c’est nous. Ils cherchent le signal de son cœur et finalement on réentend son battement. D’abord très très lentement puis de nouveau très rapide. Je pleure, j’ai eu peur. Il y a maintenant 2 internes, la SF de garde et l’étudiante SF dans la chambre. Les internes m’expliquent qu’ils vont me garder et me monter en grossesse patho, que le cœur de bébé a faibli donc qu’on va devoir le surveiller, ainsi que sa croissance, puis aviser…

On me monte dans la chambre, Loïc appelle ma maman pour lui expliquer. Je lui dis d’aller déjeuner, et de revenir après. Il me quitte en trainant les pieds, mais bon il a faim, et on le sait, l’appel de l’estomac chez les mâââles c’est important! La SF du service vient se présenter, et m’explique un peu le déroulement de la journée. Les pédiatres passeront me voir le lendemain pour m’expliquer un peu ce qui va se passer selon le terme de naissance d’Anouk. On m’apporte mon plateau repas puis à 14h les examens commencent: d’abord le bilan pour le RCIU, 12 tubes à prélever, j’ai le bras comme une passoire… On cherche toutes les causes métaboliques du retard. Puis monitoring (on m’explique qu’on en fait un le matin, un à 14h et un à 21h). Il est parfait! J’ai hâte de le dire à ma mère et mon homme. La SF passe pour me faire la piqure de corticoïdes dans la fesse, pour les poumons d’Anouk, au cas où… J’aurai droit à la même le lendemain.

On discute un peu, je lui demande si vu le monito parfait elle pense que je peux accoucher mi-septembre? (ma DPA était au 16 octobre). Elle fait la grimace, m’explique que le lendemain on me fera un doppler pour voir la circulation au niveau du cordon et du placenta, que si ça circule un peu on pourra éventuellement surveiller la croissance d’Anouk et programmer sa naissance (par césarienne vu qu’elle est en siège). Mais qu’étant donné le retard qu’elle a elle sera surement mieux dehors que dans mon ventre, et qu’elle ne pense pas que les médecins prendront le risque pour elle de la laisser longtemps. Je lui redemande si je vais devoir accoucher en septembre, parce que c’est trop tôt. Elle est gênée et me dit de me préparer à toute éventualité. Mon chéri et ma maman arrivent, donc elle me laisse avec eux. J’essaye de relativiser pour ne pas les inquiéter, et je rassure ma mère et ma sœur. Elles décident de reprendre leur avion, je ne pense pas avoir de césarienne avant 1-2 semaines, et elle sera programmée donc je leur donnerai la date dès qu’on la saura pour qu’elles reviennent. Loïc les accompagne à l’aéroport et revient me voir en fin de journée. Notre ami SF passe aussi me voir et tente de me rassurer quant aux capacités respiratoires d’Anouk à 32SA. Ca va mieux, je me dis qu’en plus avec un peu de chance on va pouvoir tirer jusqu’à 34 SA, j’ai de nouveau le moral. Ma belle-mère (la femme de mon père) passe aussi me voir, et j’ai mon père au téléphone, je tente de le rassurer. Puis tout le monde rentre, me laissant pour ma première soirée en grossesse patho.

Un peu avant 21h coup de fil de ma maman qui est bien arrivée. On discute puis arrive 21h15, l’heure du monito. Je dis à ma mère que je la rappelle après. La SF me le pose et nous discutons pendant les 10-15 premières minutes. Je pleure, j’angoisse de nouveau. Elle essaie de me rassurer, tout va bien, le monito est parfait, et je n’ai pas de contractions… Puis le signal du cœur d’Anouk faiblit. Elle passe de 150 bpm à 90… 80…70…60…50…40 !!!. La SF me met sur le côté gauche et tourne l’écran du monito pour que j’arrête de me focaliser dessus. J’entends toujours le cœur de ma fille battre très lentement, trop lentement. Une minute passe. « Respirez à fond pour bien oxygéner votre bébé madame ». 2 minutes. Je pleure mais essaye de respirer profondément, pour Anouk. « Marion appelle Charline!!! ». 3 minutes. J’entends mon téléphone vibrer, ça doit être ma mère. L’aide-soignante (Charline donc) arrive, la SF sort son téléphone. 4 minutes « allo le bloc, on a un code orange, on arrive! ». Je suis dans l’ascenseur, je pleure encore et encore, j’ai si peur… J’essaye de me concentrer sur ma respiration et de ne pas me focaliser sur les battements d’Anouk qui faiblissent. « Tiens c’est marrant, Charline va être le deuxième prénom de notre fille » j’avoue à l’AS. Elle me sourit, on sort de l’ascenseur direction le bloc.

Tout le monde est déjà prêt. On me déshabille et on me met sous oxygène. 6 minutes déjà… Au bout de 7 minutes le cœur d’Anouk retrouve un rythme normal. Je peux enfin respirer. La SF et l’AS m’encouragent et remontent dans leur service. J’essaye de me détendre et je plaisante avec l’infirmière anesthésiste. On m’explique que ses bradycardies sont un signe de souffrance fœtale, qu’il est trop dangereux pour elle de la laisser dans mon ventre, et qu’elle va naitre ce soir. Je pleure, encore et encore… Puis on finit de me préparer. J’enlève mon piercing à la langue, elle me dit que c’est mauvais pour les dents. Je sais, je suis dentiste! Elle me dit qu’on lui avait jamais fait celle-là! L’interne anesthésiste débarque. Je le connais, je l’ai déjà vu en soirée médecine. D’un coup il y a beaucoup de monde autour de moi, je ne sais plus qui fait quoi, je recommence à flipper. « Vous voulez qu’on appelle votre conjoint madame? ». Bien sûr!! « Vous habitez loin? Je ne sais pas si on pourra l’attendre ». C’est bon il peut être là en 10-15 minutes, donc on l’attend. L’infirmière finit de me préparer: sonde, bétadine, charlotte… Loïc arrive, me fait coucou par la porte. Ils l’habillent pour qu’il puisse me faire un bisou. Puis on y va.

Qu’est-ce qu’on se pèle au bloc! Je vois encore d’autres gens, j’ai l’impression qu’ils sont 50 autour de moi. J’ai le droit à mes perfusions, puis on me fait la rachi anesthésie. C’est comme la péridurale sauf qu’on ne me laisse pas de petit cathéter dans le dos. Je ne sens rien du tout. Ca agit très vite, je sens déjà des fourmillements dans les jambes, comme si un liquide chaud descendait le long de mes jambes, à l’intérieur. On me rallonge vite puis on me pose la perfusion, on m’installe sur le dos les bras écartés et on me les attache pour je ne sais quelle raison. Ils mettent le champ opératoire verticalement pour pas que je vois ce qui se passe, vérifient que l’anesthésie a bien pris et on y va. Je pleure, on me demande si j’ai mal. Je n’ai pas mal, j’ai juste très peur. La SF tente de me rassurer, tous sont très gentils avec moi. Je sens tout mais je n’ai pas mal, c’est un peu bizarre. J’entends l’obstétricienne qui guide son interne « là tu vois les pieds sont un peu coincés car il n’y a plus de liquide ». Plus de liquide??? J’ai peur qu’Anouk ne soit plus vivante « voilà, là tu la sors maintenant ». Je sens qu’on enlève mon bébé de mon ventre. Et je l’entends pleurer. Elle pleure toute seule, elle respire! Puis je n’entends plus rien. Je panique!! Mais tout va bien, on me l’amène, elle a ses grands yeux sombres bien ouverts. On se regarde toutes les deux, je crois qu’elle sait que je suis sa maman. Je lui fais un bisou et ils l’emmènent. On me reredit qu’elle va très bien, qu’ils l’emmènent pour pas qu’elle ait froid et que le papa va assister aux premiers soins. Je pleure je pleure je pleure, mon bébé va bien…

L’interne s’occupe des sutures, ça ne fait pas mal et je l’entends qui s’applique. On revient m’annoncer le poids d’Anouk: 1 kg 520, elle est née le 22 août, à 23h06. On m’explique que comme elle respire seule elle n’a pas besoin de la réa. Un niveau 3 n’est pas nécessaire, un niveau 2 suffit. Je pleure encore, je suis soulagée qu’elle n’ait pas besoin de réa mais je souffre à l’idée d’être séparée de mon bébé. On me promet qu’on me l’amènera avant le transfert. Ils finissent les sutures puis direction la salle de réveil où mon chéri peut me rejoindre. Il me montre des photos d’Anouk prises sur son iphone, et me fait un câlin pendant que je pleure.

Anouk est née, et elle va bien.

On me dit que l’ambulance va partir. Mais je n’ai pas revu mon bébé!! L’infirmière court (enfin je crois que c’est l’infirmière qui part en courant, je ne sais plus, ça se mélange…) et finalement les ambulanciers arrivent avec la couveuse. Ils l’emmaillotent pour que je puisse la prendre dans mes bras. Je lui fais un bisou et ils l’emmènent… Puis la maman qui est en salle de réveil à côté de moi voit son mari revenir avec son bébé. Je l’entends qui le met au sein. C’est dur… Elle remonte dans sa chambre et une autre maman arrive. Elle aussi voit sa fille. « 2 kg 800? Mais elle est petite! ». Qu’est-ce qu’on doit dire nous… Je finis par être montée dans ma chambre en maternité cette fois. Il doit être 2h du matin.

Anouk est née, mais elle n’est pas dans la chambre…

Histoire à suivre,dès la semaine prochaine, qui sera également la dernière semaine avant la marche des bébés…si vous n’avez pas encore donné, c’est le moment!

 

 

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(9 commentaires)

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  1. Maman Dinde

    C’est très bien écrit, j’en ai les larmes aux yeux!

  2. TimeoMum

    Tellement bien rédigé, pleins d »émotions … Que dire ? Vivement la suite! Et courage à vous, c’est très dur de faire son « deuil » d’un accouchement « normal ». Mais on y parviens quand l issu en es positive 🙂

  3. Maman louzoù

    Hâte de connaître la suite
    Tellement émouvant ce récit !!!!

  4. Sophie-Mum

    encore un témoignage emouvant

  5. Rach'l LH

    juste le temps de changer de kleenex et je viens lire la suite, sniff ! :’-(

  6. Madame Moustick

    Je n’ose imaginer toutes les émotions par lesquelles vous êtes passés. J’attends la suite …

  7. Sigrid

    Merci pour vos petits mots 🙂

  8. Vanessa

    Je connais ton histoire mais tu réussis à me refaire couler des larmes ! Gros bisous à Anouk et pleins de bonheur à vous 3.

    1. Sigrid

      Merci beaucoup Vanessa 🙂 Plein de bonheur à vous 3 aussi <3

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