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Témoignage de prématurité #3 : Séverine.

Troisième semaine de témoignage, et c’est Séverine qui m’écrit, pour me dire qu’elle n’avait pas participé l’an dernier, mais qu’elle avait apprécié lire les témoignages d’autres mamans.

Séverine a vécu la très grande prématurité. Il y a deux ans elle avait beaucoup de mal à trouver un témoignage rassurant d’un bébé né si tôt, à 26 semaines… Si ce témoignage peut rassurer, donner de l’espoir à des parents qui vivent ce parcours difficile nous en serons heureuses, elle et moi!

Untitled copie 4

Et tout de suite, place au témoignage:

J’étais à 26 semaines quand on m’a mise dans une chambre d’hôpital. Trop de tension. J’étais déjà bouffée à l’idée de terminer cette grossesse dans cette chambre, loin de tous (mari en formation toute la semaine, famille et amis éloignés…), mais loin d’imaginer que ce n’était pas ça le pire.
2 heures après, visite du gynéco pour une petite échographie. Il a l’air grave, il demande à quand remonte ma dernière écho, juste une petite semaine.
« Et on ne vous a rien dit ? »
« Non… »
« Parce que là il y a au moins 3 semaines de retard de croissance, ça ne va pas du tout, il faut la sortir. Une piqûre pour la maturation des poumons et je vous transfère. »

Boum.

Il restait 3 mois, je dis que ce n’est pas possible, qu’elle ne va pas tenir… Silence.
Et voilà, ambulance, nouvel hopital. L’ambulancière demande si on a choisi le prénom, je reponds vaguement mais à quoi bon puisque mon bébé va mourir ?
Complètement assomée je laisse faire. On en apprend un peu plus, pré-éclampsie, mauvais échanges vasculaires qui sont la cause du RCIU… C’est écrit dans le dossier, mais pourquoi rien n’a été fait ?
Ils essaient d’attendre au maximum mais ça sera pour les jours prochains, c’est sûr.

Deux jours après, c’est parti, il ne faut pas attendre plus, césarienne en urgence. De nouveau diverses explications qu’on entend simplement. La césarienne fut une horreur, et d’un coup, le noir. Je ne me souviens que de me réveiller pour apprendre que ma fille était en réa, que ça « allait », qu’elle mesure 30cm et pèse 580g. 580.
L’après midi je rencontre mon futur « meilleur ami » le tire lait et mon mari va voir la puce. Il me dit qu’elle est magnifique. Je ne comprends pas, elle est trop petite, elle devrait pas être là et il dit qu’elle est magnifique ? Il a fallu du temps, accepter, moins culpabiliser, prendre confiance…

Notre nouveau quotidien s’est mis en place, apprendre à connaitre la néonat, manipuler les machines et les termes médicaux. Il y a eu des hauts et des bas, une hémorragie cérébrale « comme beaucoup à ce terme » qui nous a fait craindre le pire. Il fallait simplement attendre. On a attendu 3 mois et demi pour qu’elle puisse rentrer à la maison, ce bébé que je croyais ne jamais voir sourire et serrer dans mes bras. Pour cette sortie on a dû apprendre les gestes de premiers secours et savoir utiliser un monito, elle restera branchée à cette machine 3 mois de plus.
Et ensuite ? On profite bien sûr mais quelque part, on attend toujours, parce qu’on ne sait pas quelles séquelles peuvent apparaitre, chaque progrès, chaque avancée est forcément vécue plus intensément encore. L’hôpital ne fait plus partie de notre quotidien, il s’est éloigné petit à petit, il y a principalement son suivi de grande prématurée, et quelques examens complémentaires. Pour l’instant sa seule séquelle c’est de n’avoir qu’un rein.
Sinon à deux ans elle a toujours un petit poids et une petite taille mais elle tend enfin à rentrer dans les courbes et ses résultats à son suivi psychomoteur sont toujours bons.
Je me souviens qu’on avait un peu plaisanté dans cette chambre d’hopital après le passage des médecins qui nous expliquaient nos risques, on disait qu’elle serait tellement forte qu’elle aurait de l’avance pour compenser ces retards qu’elle risquait d’avoir. Deux ans plus tard ces mots sont justes, nous venons d’apprendre à l’issue de ses tests annuels qu’elle avait un gros retard de langage mais une grande avance en compréhension.
Ma puce rentre à l’école cet automne et on espère que ça va l’aider sur le plan du langage sinon, il y aura un suivi de plus à faire.
C’est une petite fille qui nous épate de jour en jour, la meilleure à nos yeux. Sa naissance a été ce qu’on a eu de plus dur à vivre et les traces resteront pour toujours mais enfouies, enfouies derrière le bonheur de l’avoir avec nous, la fierté de la voir évoluer et toutes ces choses qu’elle nous a apprises.
On a beaucoup de chance et on espère que ça va continuer comme ça !

prématurité

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(4 commentaires)

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  1. Anne-Laure

    La prématurité, finalement, c’est commencer avec un énorme bagage d’incertitudes (il se peut que… éventuellement… ou pas….) qui se transforment, peu à peu, au fil de l’histoire, en réalité pas toujours rose, pas toujours zen, mais souvent mise en perspective par le sentiment d’avoir réchappé au pire…

  2. petite maman

    Whaou! Encore une petite « warrior »…ça résonne tellement en moi votre histoire…je ne sais pas quoi dire, si ce n’est bravo à vous pour ce combat des plus difficiles…c’est une sacrée épreuve, pour nos petits, pour nous, pour nos couples et nos familles aussi…4 ans après, je me sens toujours aussi concernée. .. la (grande) prématurité ne laisse pas indemne, elle est toujours plus ou moins là, tapie, prête à ressurgir, alors que toi tu n’as qu’une envie; t’ennivrer enfin du plaisir d’être mère, en oubliant le son des scopes, l’attente, l’impuissance alors que tu échangerais ta vie,le bruit de la CPAP, les coups de fils à des heures impossibles, ce stress intense la peur de passer « de l’autre côté »…
    Alors BRAVO, à toi, à ton couple, et bien sûr et surtout à ELLE !)
    Bonne route à vous!
    Linda.

  3. Vlynette

    Magnifique témoignage tout autant que les commentaires d’Anne-Laure et de Petite Maman !!!
    La petite puce est ravissante 🙂

    1. Sev

      Oh j’ai aussi je pense ommis pas mal de choses dans ce témoignage ! Notamment de parler pour nous.
      Oui j’essaie de « ranger tout ça » on n’oublie pas c’est impossible mais on met de côté, pour se protéger.
      Mais quand on vient à y penser c’est très dur. Je suis récemment passée par des réfléxions difficiles, partagée entre le besoin d’avoir un 2eme pour « guérir », se dire qu’on peut le faire, vivre une fin de grossesse plutôt normale, un ventre rond, un bébé qui gigotte… et la peur de revivre tout ça. Finalement la question du 2eme est toujours en suspend, mais moi j’ai fait mon deuil, je crois que j’arriverai à faire avec comme sans…
      Face à tout ce qu’on nous avait annoncé, ces statistiques qui font peur… Je savoure la chance qu’on a d’être tous les trois, sans problèmes pour l’instant…

      Merci en tous cas pour ton commentaire !

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