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Témoignage de prématurité: Sophia.

Aujourd’hui, nous accueillons Sophia (Bonjour Sophia!) qui nous raconte son expérience de la prématurité.
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Une nuit au début de mon 7ème mois, j’ai eu une fuite de liquide amniotique. Je ne m’en suis pas rendue compte tout de suite mais le soir même, j’étais aux Urgences d’un grand hôpital de Taipei (j’ai vécu ma grossesse à Taiwan). Le docteur m’a tout de suite mise au parfum:  » Vous êtes à 28 SA, avec une fuite comme ça, vous avez 80% de chance d’accoucher dans les 2 semaines« . J’ai été alitée pendant 10 jours dans une chambre sans fenêtre avec 3 autres femmes en plein travail. Bizarrement, j’étais sereine, je me savais entre de bonnes mains. Mon conjoint était très abattu, il bossait toute la journée et revenait dormir à l’hôpital avec moi. On ne savait pas combien de temps on resterait dans cette situation. Tous les jours, le moral variait. Loin de nos familles et de nos amis, ça n’a pas été facile.
Dans la nuit, le 11 octobre 2012, j’ai eu beaucoup de contractions, plus que d’habitude, en intensité plus forte. J’étais à29 SA et 6 jours. J’ai eu plusieurs contrôles et finalement le verdict est tombé, j’étais en travail, j’allais accoucher dans quelques heures.
J’ai eu la chance de pouvoir le faire naître par voie basse, je sais qu’on pratique beaucoup de césarienne dans ce cas-là. 5 heures de contractions, une péridurale et 5 minutes de poussée plus tard, mon bébé est né. C’était un moment magique. Je ne me souviens plus d’avoir eu très mal, je me souviens de que ce petit cri, de ce petit corps sorti de moi.
Il pesait 1280gr pour 38 cm, il était tout rouge. J’étais heureuse de le voir, d’accoucher, de devenir maman. Je suis restée dans cet état de béatitude jusqu’à ce que je le revois plusieurs heures plus tard en soins intensifs dans sa couveuse avec sa sonde, sa perfusion, ses tuyaux, et tous les bip bip qui ont rythmé notre quotidien pendant 46 jours.
46 jours en soins intensifs, avec une équipe extraordinaire. Je vous passe la partie où nous devons communiquer en chinois avec des docteurs…
Les débuts ont été durs, horribles. Je me sentais seule et inutile. Je culpabilisais beaucoup. Je voulais être à nouveau enceinte. Pourquoi n’étais-je pas capable de le protéger dans ces premiers jours de vie? Toute cette souffrance me brisait le coeur. Il  a eu une hémorragie cérébrale de niveau 1. On a eu tellement peur pour lui. On pleurait souvent, on essayait de se soutenir.
Il était si petit. J’en ai toujours les larmes aux yeux quand j’y pense.
J’ai tiré mon lait à la main pendant tout ce temps-là, c’est la seule chose que je pouvais faire. C’était dur, quand je n’arrivais pas à tirer, je pleurais et c’était de pire en pire. Je m’en voulais d’être si faible, de flancher si vite. Je devais être forte pour lui, lui montrer que j’étais là et que je l’aimais très fort.
J’allais le voir tous les matins, 30 minutes au début. Puis au bout de 3 semaines, nous avons enfin pu le prendre dans nos bras et on pouvait le voir 1 heure, le câliner, le changer, lui donner le bain.
J’ai tenu un journal. Tous les jours, j’y écrivais les progrès de mon tout petit bébé, ça m’a aidée à tenir et surtout à voir que ça évoluait. Je conseille à toutes les mamans de le faire, c’est important pour le bébé, pour vous. Ce journal m’a aidé à accepter, à me dire que c’était son histoire, que ça ferait toujours partie de nous.
Un jour, une amie m’a dit:  » Ton bébé, tu vas le ramener à la maison, tu sais? « 
Cette phrase m’a vraiment soulagée, je n’arrivais pas à voir de futur, je n’arrivais pas à me projeter.
Le 23 novembre 2012, nous sommes rentrés à la maison avec ce beau et gros bébé de 2.3 kilos. Nous étions heureux et nerveux. C’était une deuxième naissance.
Aujourd’hui, il a 11 mois, il pèse 9 kilos, il marche à 4 pattes, il s’assoit très bien tout seul, il a une dent qui pousse. Il crie de joie, il rit aux éclats. C’est le plus beau des bébés. Il ne semble pas avoir de retard, ses courbes sont magnifiques!
Quand je repense à cette période, bizarrement, ça n’est plus aussi sombre, j’en garde même de bons souvenirs.
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J’avais écrit ce petit poème:

La visite

Je sors de chez moi, il est 9:00.
Déjà dehors, je suis pressée, je marche vite de chez moi à l’arrêt de bus… 10 minutes, je passe devant les petits commerces, le grand centre commercial, il fait très beau ces derniers temps, l’été en France.
Je prends le bus 285.
Tous les matins, je lis assise dans ce bus, ma trousse bleue remplie de biberons sur les genoux, ma récolte de la veille.
40 minutes. Je rêve parfois au dernier jour où je ferai ce trajet, je regarde le paysage défiler, les vieillards monter et descendre.
J’arrive à la petite boulangerie du RDC de l’hôpital, je prends mon lait de soja parfumé comme toujours et j’attends l’heure, je trépigne.
Il y a des gens qui n’aiment pas la routine, moi, ça me rassure.
Je monte au 5ème…
J’arrive devant la porte du NICU (Neonatal Intensive Care Unit), il est 10:00.
Je sonne:  » Bonjour, c’est moi Sophia « . La porte s’ouvre.
Je me lave frénétiquement les mains, mon coeur bat plus vite, j’enfile ma blouse bleue.
Je salue les infirmières, je rentre dans la petite pièce, notre pièce, notre rencontre quotidienne.
Tu arrives enroulé dans la petite couverture, porté par l’infirmière.
 » Bonjour Camille, c’est maman. (à l’infirmière) Comment va-t-il aujourd’hui? « 
Tu es tout endormi et elle te tend vers moi.
Ta tête plonge dans mon cou et rebondit sur mes seins, tu pousses un tout petit cri.
Tu es tellement beau que j’ai envie de te manger, je te serre.
Je sens ta petite tête, un doux parfum de bébé au lait s’en dégage.
Ton petit pied sort tout tendu de la couverture, tu ronchonnes… on dirait ton papa au réveil.
Le monde peut s’arrêter maintenant.
45 minutes, l’infini.
La petite pièce, l’univers.
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(2 commentaires)

  1. maman mymou

    Punaise, j’ai beau connaître déjà toute l’histoire, tu m’as encore fait chialer … ♥♥♥

  2. Anne-Laure

    C’est très émouvant… Je suis toujours curieuse aussi de savoir comment sont pris en charge les bébés et leurs parents -une pièce individuelle, un dortoir collectif? Pour nous, pas d’intimité, une dizaine de couveuses puis berceaux, pas de visites autorisées pour les grands fères ou grandes soeurs… Et pour une amie qui a accouché en août, dans notre petite ville de province, les prémas étaient pris en charge avec des nouveaux-nés de mamans toxico, des bébés en cours de sevrage: une ambiance pas très sereine tant à cause des cris de douleur des enfants littéralement en manque qu’à cause de la cohabitation avec des mamans dont on connait un peu l’histoire difficile… Bref, c’est rassurant de savoir qu’ailleurs, les prises en charge sont parfois un peu plus sereines. Et ici aussi, malgré l’inquiétude et la fatigue, les souvenirs que nous gardons de néonat sont plutôt positifs, mais je crois que c’est avant tout un état d’esprit!

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