Les pieds suffisamment écartés, le bassin dégagé, les mains sur le troisième échelon de l’espalier. S’asseoir, se lever.

Odette commence à maîtriser les gestes. Dans sa tête, tout du moins. Pour son corps, c’est une autre histoire.

C’est pas elle, ce sont ses pieds, ils veulent se rapprocher. Et ses mains, qui tremblent un peu. Et puis aussi ses hanches, pour elles, y a plus rien à espérer.

Pourtant, Odette répète inlassablement les mêmes gestes. Enfin, lorsque monsieur le Kiné a les yeux braqués sur elle. Il suffit qu’il détourne le regard et c’est la débandade. La fête du cul collé sur le tabouret.

Mais dès qu’il revient, elle se relève comme un diable sort de sa boîte. Vestiges d’une enfance passée à rêvasser en admirant le paysage derrière la fenêtre, et à vite replonger son nez dans son cahier lorsque le maître pourrait la surprendre ? Qui sait…

Toujours est-il qu’Odette se donne du mal pour avoir l’air concentré. Et l’air, elle l’a. Un peu trop, d’ailleurs.

Y a qu’a entendre ce son qui fend le silence alors qu’elle se lève brusquement. Un son pétaradant, c’est cela. En plusieurs actes.

Aussitôt, Odette inspecte la salle. Gauche. Droite. En l’air. Personne à accuser. Si seulement elle avait emmené son caniche avec elle… Vite, faire comme s’il ne s’était rien passé.

On pourrait le faire croire.

Mais l’éclat de rire de Maurice, communicatif, est la preuve qu’Odette a pété.

Alors, elle aussi, elle rit, nous offrant une récréation, à nous, les petits écoliers qui n’usons plus les bancs de l’école depuis longtemps.

Il y a des choses qui feront rire quelles que soient les générations rassemblées.

Ces petits moments où se lâcher devient une drôle de brève de kiné !

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