Vendredi, 14 heures, jour de pré-rentrée des professeurs. 

Tous les anciens copains de classe de ma grande savent dans quelle classe ils seront lundi. Les SMS des copains pleuvent sur mon téléphone portable, et je me retiens de ne pas les corriger en rouge, parce que c’est mon écran tout neuf. 

« Est-ce que tu c’est dans quel classe tu vas être ? »

 Non. Nous, on n’a pas reçu de mail. On ne C’EST pas. Du verbe C’estoir. 

Hier encore, on ne se posait pas de question. On saurait (ou c’estoirait) lundi, devant le tableau d’affichage, avec moi faisant bonne figure pour ne pas pleurer devant mon bébé qui rentre au collège bordel, au collège. 

Hier encore, elle se demandait fébrilement si elle serait bien, comme prévu, avec Lili. Tandis que moi, je faisais genre «  allez, ne t’en fais pas, tu verras bien lundi » tout en croisant les doigts et en invoquant le Dieu de l’amitié et du co-voiturage, aussi, un peu. 

Mais revenons-en à cette histoire de classe. 

On s’en serait passé, si les autres n’avaient pas su. 

Mais que tout le monde sache alors qu’on l’ignore nous met une petite boule d’angoisse dans la gorge. 

Et si y’avait eu un souci avec le dossier d’inscription ? 

Et si son nom avait été oublié, comme ma crème de café l’autre jour au bar ? Et si finalement, on découvrait lundi en arrivant devant l’établissement qu’en fait, elle est prévue ailleurs? (non, je ne suis jamais dans l’exagération, voyons.)

Surtout, et si elle n’était pas dans la même classe que la super copine ? 

Je n’aime pas trop faire mon parent relou. Je sais, pour avoir bosser en collège, que le jour de pré-rentrée, entre deux remarques sur le bronzage et quelques bises sur chaque joue, salut comment ça va, il est cool ton emploi du temps ?, on court un peu partout… 

Mais je sais aussi que les nuits vont être plus courtes et le sommeil moins bon si tous les copains savent, et elle non. De son côté comme du mien. 

Alors, j’appelle le collège. 

Un peu gênée, tout de même. 

«  Oui, bonjour, alors voilà, ma fille entre en sixième (rictus qui se veut léger), et tous les parents de ses camarades connaissent déjà la classe, mais nous, non… » 

On me fait patienter. Puis patienter encore un peu. Derrière, j’entends, à la place d’une musique d’ascenseur, le dialogue entre deux hommes : «  Bah ils verront sur le panneau d’affichage lundi, non ? ». Je serre les doigts sur le téléphone, et les fesses, aussi. Oui, le stress m’aide à faire travailler mes muscles du postérieur, je ne sais pas pourquoi mais c’est toujours ça de pris. 

« Attendez Madame, on se renseigne. » 

«  Oui, d’accord, c’est pas que ce soit vital, hein, mais bon, ça nous aiderait à mieux dormir, vous comprenez ?! » 

Il comprend. Tapote sur son clavier. Jure poliment parce qu’il vient d’être déconnecté. 

Et puis annonce. Sixième 3. Comme Lili. 

Je remercie. Mon postérieur, qui peut enfin relâcher les muscles, aussi. 

Et je lis, sur le visage de ma grande, le soulagement, la joie et la question qui vient : «  oui, je peux te prêter mon téléphone pour envoyer un sms à la planète « anciens du CM2 ». » 

« Mais je t’en prie, essaie d’écrire que tu SAIS. » 

3 thoughts on “Jour de pré-rentrée en 6ème.”

  1. C’est donc mi-août qu’on est rentré de vacances et qu’on a appelé l’école secondaire (= le collège) du grand pour savoir quand est-ce qu’on allait recevoir la lettre de l’école « Bienvenue nouvel élève, on t’attends le 3 septembre à telle heure, voici la liste des manuels scolaires à acheter blablabla… »
    – « Madame, nous avez-vous fait parvenir le certificat de réussite de votre enfant ? »
    – « Hum euh…. on peut passer à quelle heure à l’école ? Aujourd’hui ? Parfait »
    La liste des manuels en main on s’est rendu dans une librairie pour passer commande.
    – « Je ne suis pas sûr de les avoir pour le 3 septembre vous êtes un peu tard mais pas les derniers. »
    Et sur le bon de commande voir : « Dernières commandes le 25 juillet, aucune commande après cette date. »

    /ça va on est large
    /mon fils ne connait personne dans l’école
    /il s’adaptera et n’a pas trop peur

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